Chamanisme et Enthéogènes. « Le langage secret des dieux »

L’objectif de cet article est de restituer au chamanisme sa spiritualité la plus profonde car il s’inscrit à l’origine dans une perspective non-duelle de l’existence.

Attention aux préjugés

Il y a des préjugés énormes sur ce que nous appelons « drogues psychédéliques » comme la psilocybine ou le LSD. Cependant, comme vous pouvez le voir ci-dessous sont les plus bénignes et les moins dangereuses de toutes les drogues si nous les comparons à l’alcol ou au tabac, à l’héroïne et à la cocaïne.

Les recherches actuelles montrent que loin d’être nuisibles à la santé et nuisibles pour les gens et la société en général (comme l’alcool ou le tabac ! ) ces produits pourraient aider à traiter des centaines de millions de personnes souffrant de dépression, Alzheimer, TDA, stress post traumatique, et apporter un bien d’être à beaucoup plus de personnes. Des études montrent que le taux de récidive des prisonniers qui ont connu l’un de ces produits est considérablement diminué. Il est prouvé qu’il réduit l’angoisse de la mort de personnes en phase terminale du cancer ou simplement à la fin de leur vie.

Aujourd’hui, les lois qui, suite à l’interdiction décrétée par le gouvernement américain au début des années 60, les cadres légaux de la plupart des pays ont des lois obsolètes qui répriment leur utilisation, thérapeutique ou récréatif et spirituel. Paradoxalement aux États-Unis, plus de 60 états décriminalisent la psilocybine et le LSD, et même tous les psychédéliques. Des mouvements comme « Deccriminalize nature » militent avec force et dans un certain succès pour parvenir à la légalisation au moins de la psilocybine et du LSD.

La loi doit encadrer l’activité humaine sur la base de critères scientifiques et non moraux et irrationnels. Il est nécessaire de légaliser rapidement les psychédéliques, de les enquêter avec plus de moyens, d’informer le public correctement et de les utiliser consciemment et librement.

 Les plantes sacrées ne deviennent réellement transformatrices que lorsqu’elles sont associées à une pratique spirituelle concrète et quotidienne. En d’autres termes, si nous en attendons une action non seulement initiatique mais réellement thérapeutique, il convient de nous y préparer convenablement car la curiosité ou le « lâcher prise » ne suffisent pas.  Sans une sérieuse préparation, les plantes enthéogènes se maintiendrait sur un plan purement  sensationnel : des visions plus ou moins délirantes, des effets psychédéliques, des sensations de distorsions corporelles, quelques prises de conscience éclairs, des accès de paranoïa ou d’extase éphémère… un vécu décousu et inexploitable, possiblement déstabilisant et sans grand intérêt en définitive. L’expérience étant nettement influencée par l’état psychologique, le contexte, la quantité ou la qualité du produit. Un « bad trip », « mauvais voyage », « mauvais délire » peut avoir des conséquences absolument catastrophique autant sur le plan psychique que sur le plan corporel (accident). Sans un encadrement sérieux, l’expérience peut vite tourner au cauchemar ! La qualité morale de l’officiant est en elle-même fondamentale: il doit avoir fait un long et profond travail de mutation spirituelle et suivre des règles de vie stricte.


Tout rituel initiatique, quelque soit sa tradition, articule le même passage : la mort symbolique précède la renaissance. Le phénix qui renaît de ses cendres illustre parfaitement cette métaphore de la régénération.

Un des objectifs de ces pratiques est  de conduire à une métamorphose de la structure du mental et à une cessation de l’identification au moi.  Il n’est pas rare aussi que les chamanes fassent appel à des plantes enthéogènes, afin de vivre une expérience où l’ego disparaît, créant un émerveillement intense, une extase. (…)

C’est juste une expérience puissante que le mental peut récupérer par la suite. Pour réajuster sa réalité, élargir sa conscience.

Dans cette expérience, il convient entre autre de voir clairement nos conditionnements, nos incohérences pour pouvoir nous en libérer.

La pratique de l’ayahuasca a un effet thérapeutique reconnu pour des pathologies d’ordre psychologiques, en autres sur la toxicomanie car il permet de vivre cette expérience profonde et intense tout autant que transformatrice.

Cette thérapie s’inscrit dans le même processus que l’initiation chamanique. Cette mort du « vieil homme » appelée également « démembrement« .

Dans l’apprentissage chamanique, les pratiques conduisant au « démembrement » signe la voie d’entrée de l’apprenti dans le monde imaginal auquel, une fois devenu chamane, l’apprenti aura accès pour œuvrer aux différentes tâches qui lui sont assignées. 

Dans le centre thérapeutique TAKIWASI en Amérique du sud, des médecins, des psychiatres, des neuroscientifiques, des anthropologues, des épidémiologistes  travaillent et étudient la médecine traditionnelle amazonienne en collaboration avec des chamanes autochtones.  

Comme disait C.G. Jung dans son livre -L’Âme et la vie-  « L’être qui est un homme dans toute l’acception du terme, se rend compte que son ennemi le plus redoutable, et même qu’une coalition de ses ennemis, ne peut se comparer en malfaisance à celle de son adversaire le plus acharné, à savoir l’adversaire intérieur, l’autre que l’on porte en son sein » .


 

Je savais que depuis des milliers (peut-être des millions) d’années sur cette planète, l’humanité a eu une relation symbiotique avec les plantes. mais tout a commencé pour moi à la lecture de cette page :

Des plantes hallucinogènes à l’origine de tout

 

 

 » Dans cette lumière mon esprit aussitôt a vu au travers de toutes choses, et a reconnu dans toutes les créatures,
dans les plantes et dans l’herbe, ce qu’est Dieu, et comment il est, et ce que c’est que sa volonté.
Et aussi à l’instant, dans cette lumière, ma volonté s’est porté, par une grande impulsion, à décrire l’être de Dieu.
Mais comme je ne pus pas aussitôt pénétrer le profond engendrement de Dieu dans son essence,
ni le saisir dans ma raison, il s’est bien passé douze années avant que la vraie intelligence m’en fût donnée. »
Böhme

Nos ancêtres les appelaient : « Arbre de la connaissance, chair des dieux, Arbre venimeux, plantes mystiques, plantes magiques, arbres sacrés, arbre de vie, petite fleurs divines…, on les retrouve aussi sous forme de statue, de gravures, de peinture mais ils sont aussi présent dans de très nombreux textes sacrés.

Pour tenter de résumer en une phrase la pensée de Guénon: L’arbre de la Science du bien et du mal symbolise donc la multiplicité « qui retourne » à l’unité à travers l’arbre de vie. Le drame de la «chute» est la rupture avec l’unité et la perte dans la multiplicité.


« Le terme « enthéogène » se réfère à une variété de plantes qui induisent un sentiment ou un état divin. Il tire sa racine du grec « entheos » (theos = Dieu) et « genesthai » signifiant « qui vient dans l’être ». Ce néologisme a été créé en 1979 par un groupe d’ethnobotanistes pour qualifier les substances traditionnelles qui permettent d’entrer en transe et de connaître des états mystiques ou extatiques. »

« L’enthéobotanique étudie les rapports entre les substances psychotropes et la spiritualité »

Dans toutes les cultures chamaniques nous retrouvons des cérémonies visant à expérimenter cet état de conscience induit par l’usage de plantes car le fondement de toutes les illusions, c’est l’ignorance délibérée, qui entraîne la saisie d’une réalité là où il n’y en a pas, dans l’espoir de maintenir les solidifications égocentriques.

Comme l’écrit Aldous Huxley, les plantes sacrées « ouvrent les portes de la perception… « .

Elles nous confient les clés d’une terre inexplorée : nous nous aventurons alors en des lieux non autorisés à notre conscience. 

« Ni Dieu ni maître » est un credo que je ne partage pas. Il est important selon moi de se lier à plus grand que soi, à une intelligence bienveillante et supérieure à la nôtre et visiblement nos ancêtres l’avaient compris. 

Dès 3500 av. J-C, des fresques de chamans dansant en tenant des champignons, en présence de bétail blanc, furent peintes sur les surfaces rocheuses du plateau Tassili en Algérie du Sud.

Des pierres en forme de champignons, datant de 300 à 500 av. J-C., furent découvertes au Guatemala. Des fresques contenant des dessins de champignons datant de 300 ap. J-C. furent découvertes au Mexique indiquant l’existence de cultes psychédéliques à cette époque.
Les Égyptiens initiés consommaient rituellement un lotus sacré nommé Nymphaea caerulea qui contient de l’apomorphine et d’autres alcaloïdes hallucinogènes

Les écritures religieuses les plus anciennes connues, les Vedas hindous, contiennent plus de 90 hymnes de louanges honorant une mystérieuse potion appelée « soma » qui semblait agir comme une passerelle vers de profondes expériences religieuses.
Près d’une centaine d’hymnes à la louange d’un breuvage qui altère l’esprit ?

Dans le chamanisme des Papous de Nouvelle-Guinée on retrouve l’usage de champignons hallucinogènes du genre psilocybe.

Dans le chamanisme Sibérien, les chamans emploient les propriétés enthéogènes de l’Amanita muscaria et réutilisent la substance encore active dans leur urine comme le font les rennes qui consomment aussi le champignon.

En Afrique, des chamans camerounais et gabonais emploient le Tabernanthe iboga, considéré comme une plante sacrée qui engendre un état de transe visionnaire et qu’on retrouve dans le rituel du bwiti.

En Amazonie, l’usage de l’ayahuasca est très répandu, le chaman et le patient absorbent le breuvage et tous deux tombent dans un état de transe pendant lequel le chaman affirme qu’il prend connaissance des causes de la maladie et du moyen d’y remédier par l’utilisation des plantes de la forêt.

En étudiant une statue Aztèque représentant le dieu des fleurs et de la danse Xochipilli, des chercheurs ont identifié des ornements représentant de nombreuses plantes enthéogènes comme le psilocybe aztecorum, le tabac nicotiana tabacum ou encore une plante identifiée comme une Turbina corymbosa

Plusieurs historiens ont aussi trouvé des évidences de l’utilisation de l’ergot de seigle ou de champignons psylocibes dans les rituels Eleusiniens et Dionysiaques des anciens Grecs entre 1100 et 400 av. J-C. Le bas-relief « L’exaltation de la fleur »  représente Déméter et Perséphone tenant en main des champignons utilisés lors des cérémonies des Mystères d’Éleusis.

Au Mexique, les chamanes mazatèques pratiquent un rituel à base de champignons hallucinogènes. Ils nomment ce rituel La velada. Robert Gordon Wasson a été un des premier occidentaux à pouvoir assister à cette pratique. C’est ses écris qui a rendu populaire cette pratique ainsi que la chamane Maria Sabina.

L’usage du peyotl à des fins rituelles par les Amérindiens est ancienne et son utilisation cérémonials remonte à 3 000 ans ou plus comme l’ont démontré des fouilles archéologiques dans des grottes du Texas. Cet usage rituel persiste de nos jours chez plusieurs populations amérindiennes d’Amérique du Nord.

Le cactus San Pedro est particulièrement associé aux guérisseurs, aux chamans et aux curanderos dans la région des Andes en Amérique du Sud. La plus ancienne représentation de cette œuvre dans l’art découvert jusqu’à présent est une sculpture sur pierre d’un chaman trouvé au temple Jaguar de Chavin de Huantar dans le nord du Pérou, qui a presque 3500 ans. Cela signifie que le peuple sud-américain utilise et dépeint l’utilisation de San Pedro depuis au moins la Grèce et l’Égypte.

Attardons-nous quelque peu sur la célèbre représentation Nataraja du dieu Shiva, seigneur de la destruction et maître de la renaissance, qui exécute une danse cosmique appelée nadānta: « danse de la félicité ». Le but de cette « danse » est de sortir l’Homme de bonne volonté du piège de l’illusion et de l’ignorance. Curieusement sa chevelure comporte une fleur de datura, plante solanacée hautement psychotrope bien connue en Europe et en Amérique. 

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On ne peut pas finir ce chapitre sur les Enthéogènes sans évoquer le travail de recherche de Robert Gordon Wasson.

Dans les années 1960, l’auteur et  ethnomycologue Robert Gordon Wasson, et sa femme, Valentina  Pavlovna Guercken, auraient été les premiers étrangers à être invités à participer au rituel Mazatèque du «champignon sacré». Ses recherches indépendantes sont une contribution significative pour l’ethnobotanique, la botanique et l’anthropologie et donc la compréhension du chamanisme. Ses écris sont toujours une référence en la matière.

 


Bienvenue dans le monde fascinant de l’Amanita Muscaria


la chapelle de Plaincourault
« Chapelle Saint-Eloi, Plaincourault, fin du XIIe siècle »

 

 

 

Mais ne croyons surtout pas que l’usage de substances enthéogènes appartient uniquement au monde chamanique.  Nous avons en France, dans une chapelle, (la chapelle de Plaincourault) la seule représentation connue au monde qui montre l’arbre de la connaissance sous les traits d’un champignon géant ! 

Notre Dame, Paris (XII c)
« Notre Dame, Paris (XII c) »

Un vitrail de la cathédrale notre dame de Paris, semble lui aussi nous faire passer un étonnant message. « le Fruit défendu et la Chair des dieux »

De nombreuses representations catholique et passages de textes font référence au « Fruit défendu » ou à « la Chair des dieux ».

Adam, Ève et le fruit défendu
« Adam, Ève et le fruit défendu »

John Marco Allegro (17 février 1923 à Londres – 17 février 1988) était un libre penseur qui a défendu des thèses controversées par les courants dominants sur les manuscrits de la mer Morte, la Bible et l’histoire de la religion. Après avoir fait son service dans la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale, Allegro commença une formation de prêtre méthodiste puis obtint un diplôme en études orientales à l’Université de Manchester. En 1953, il fut invité à devenir le premier représentant britannique au sein de l’équipe internationale travaillant sur les manuscrits de la mer Morte qui venaient d’être découverts en Jordanie. L’année suivante, il fut nommé professeur assistant en philologie sémitique comparée à Manchester jusqu’à sa démission en 1970 pour devenir un écrivain à plein temps. En 1961, il fut nommé conseiller honoraire pour les manuscrits de Qumrân auprès du gouvernement jordanien. Pour lui, c’est l’usage de substances enthéogènes qui serait à l’origine de nombreuses religions.

Cette idée, entendue et entendue, est presque devenue un lieu commun. C’est pourtant une interrogation qui n’est pas si anodine que cela, si l’on se réfère aux thèmes majeurs traités sur les forums consacrés aux hallucinogènes. C’est ce lieu commun qui est abordé sous l’œil rigoureux de John Allegro, expert en langues anciennes dans le champignon sacré et la croix.

John Allegro entend bien en découdre avec le christianisme, en démontrant l’aspect hallucinogène donc illusoire (nous y reviendrons) de la religion chrétienne.Le travail de John Allegro se fractionne en deux focales majeures, d’une part la recherche d’indices thématiques du champignon hallucinogène et des cultes primaires de la fécondité dans les concepts bibliques, d’autre part les allusions syntaxiques relatives à ces allusions perdues au cours des traductions négligeant cet aspect.

Mosaïque Basillique San Marco, treizième siècle
« Mosaïque Basillique San Marco, treizième siècle »

C’est la où la recherche se fait pertinente. Allegro analyse avec grande précision les textes les plus fascinants de l’Ancien et Nouveau Testament, en particulier l’évangile de St Jean (dont les célèbres premiers mots seraient d’après l’auteur une allusion évidente à l’amanite muscaria), la Genèse et le Cantique des Cantiques. Quand au Christ, il est pour John Allegro un personnage enseignant des rituels et un dogme relatifs à la secte des esseniens. La cène, l’eucharistie et d’autres symboles forts des évangiles ne sont pas contemporains à Jesus le Christ mais datent d’un siècle ou deux auparavant. La où John Allegro se perd, c’est lorsqu’il se permet des jugements moraux totalement hors-propos, quand pour l’exemple il juge le christianisme comme un dogme illusoire car basé sur l’hallucination.

Psalter de Canterbury
« Psalter de Canterbury »

L’origine de la conscience et les cultes psychédéliques sibériens et amérindiens suffisent à contrebalancer cette thèse, affirmant un questionnement sensible à l’aspect religieux de l’homme universel et indétachable aux cultes des plantes sacramentelles. Est-ce décridibiliser une croyance que l’affirmer révélée par des procédés « impurs » ? Plus hors-propos encore, des phrases lapidaires sur les consommateurs de cannabis, justifiant le fait que la secte des Hashishins n’utilisaient bien évidemment pas le cannabis, avec quoi ils n’auraient pas eu la force de combattre… Humour ? Argumentation faiblarde ? Dommage pour un ouvrage si intéressant sur d’autres points.


l'arbre-champignon et l'arbre-cannabis !! "from Monreale Katedra (XII c)."
« l’arbre-chmapignon et l’arbre-cannabis, from Monreale Katedra (XII c). »

 

Peu de personnes, assurément, ont une culture assez variée, allant du sumérien aux textes gréco-romains du Ier siècle après J.-C, pour suivre et apprécier l’auteur dans tous les détails de sa démonstration. Mais est-ce bien nécessaire ?

Le mode même de présentation incite le lecteur habitué aux méthodes scientifiques à la plus grande réserve. Il n’est question que de secrets ou d’énigmes, dont l’auteur serait le premier à trouver la clé. Les conjectures se greffent les unes sur les autres de manière imperturbable tout en présentant les apparences d’une logique rigoureuse,
p.ex., p. 240-241 : «Si, par exemple, «Boanergès» doit être interprété correctement

Un des arbres-champignons de la voûte de St Savin-sur-Gartempe (Indre), sous la scène de La Création des sphères célestes dans la nef central.
« Un des arbres-champignons de la voûte de St Savin-sur-Gartempe (Indre), sous la scène de La Création des sphères célestes dans la nef central. »

comme le nom du champignon sacré …Si les auteurs se sont donné le mal de dissimuler par des ruses littéraires ingénieuses … les noms secrets du champignon, c’est que non seulement son culte dut être essentiel à la religion, mais que … Par conséquent les détails «superficiels» de l’histoire, les noms, les lieux, et sans doute
les enseignements de la doctrine doivent être aussi faux …» Tant d’imagination est, au sens propre, «irréfutable». L’auteur déclare (p. 22): «Malheureusement nous n’avons pas le matériel suffisant pour pouvoir identifier toutes les sectes et découvrir leurs secrets.» Mais si ! Je lui conseille de scruter les Gnostiques, qu’il a négligés. Nul doute qu’il ne lui soit encore plus aisé, par la même méthode, d’y découvrir quantité d’allusions secrètes au champignon sacré. — Pierre Courcelle. »


La Bible : un certain regard : « Le Champigon Sacré et la Croix »

Introduction:

Russian Trinity icon, 1811
« Russian Trinity icon, 1811 »

 » J’ai découvert le livre Le Champignon Sacré et la Croix de John M. Allegro grâce au roman de Philip K. Dick : La transmigration de Timothy Archer. Pour résumé très brièvement : La thématique du livre, résumée très sommairement, est la suivante : la Bible (Ancien comme Nouveau Testament) est en fait le manuel crypté d’une religion basée la consommation d’un champignon hallucinogène : l’Amanita Muscaria, plus connue sous le nom d’Amanite Tue Mouche. Cette affirmation peut surprendre de prime abord, néanmoins, John Allegro est très convaincant, au moins sur une partie de son ouvrage. Son argumentation est basée sur une étude approfondie et savantes des textes originaux écrits en sumérien, hébreux et grec. D’une part les allusions directes ont été supprimées sciemment pour éviter les persécutions, d’autre part, les traductions successives ont complètement dénaturé le sens premier des textes bibliques. Malheureusement, John Allegro finit par s’empêtrer dans de curieuses affirmations (par exemple Jésus n’a jamais existé, ce serait uniquement un symbole de l’Amanita Muscaria : c’est peut être vrai mais les arguments avancés en faveur de cette thèse ne sont pas franchement percutants). Du coup, le livre perd en force au fil de la lecture, c’est dommage.

Ce sujet est pour ainsi dire le thème de prédilection de Terence McKenna, qui avancent des idées très similaires dans la plupart de ses ouvrages, comme le montre cet extrait de The Archaic Revival :

En ce sens, le chaman est très loin de l’image angélique que l’on se fait souvent en Occident du guérisseur accompli . Ce lien, constant entre les deux mondes, côtoyer sans cesse l’invisible les amène la plupart du temps à vivre retirés du monde. Les rites et pratiques extrêmes et les états modifié de conscience (transe), qu’elle soit vécu avec ou sans l’usage de plantes Enthéogène est très souvent d’une violence extrême ! »

amanite tue-mouches

« Certains ont poussé le concept un cran plus loin, et établissent des liens entre les habits papaux et la couleur et la forme de l’amanite tue-mouches. »


Présentation du livre : Le champignon des dieux  de Pierre Chavot

Pourquoi et comment le champignon sacré appelé l’amanite tue-mouches, que certains considèrent comme le plus ancien hallucinogène du monde, se retrouve-t-il dans les rites chamaniques sibériens, dans les traditions indiennes (soma) et perses (haoma), puis associé au culte grec de Dionysos, et aux prophètes de la Bible (dont ézéchiel) voire à Jésus lui-même ?

Les anciens étaient intrigués par sa manière de croître sans graines, par la rapidité avec laquelle il apparaissait après la pluie et par sa prompte disparition.
Les anciens voyaient dans sa forme phallique une représentation du dieu de la fécondité.

C’était le  » fils de Dieu  » et son poison une forme plus pure des spermatozoïdes divins que tout ce que l’on pouvait trouver dans la matière vivante.

C’était en fait Dieu lui-même, visible sur terre. Pour le mystique, c’était le moyen divinement donné pour entrer au ciel.

Quels autres chemins a-t-il suivi pour figurer dans la basilique d’Aquilée au IIIe siècle et à l’abbaye de Plaincourault (1291) dans l’Indre ?

Enfin, de quelle manière expliquer sa présence sur…
Les bûches de Noël : est-ce, comme on le pense, une résurgence des cultes germaniques (et scandinaves) dont cette fête très chrétienne a repris bien des aspects ?

Cet ouvrage de référence rend compte des nouvelles découvertes sur le chamanisme, les champignons hallucinogènes, leur utilisation en médecine et les états modifiés de la conscience.

 


Résumons le rôle de l’amanite tue mouche dans le chamanisme occidental :

L’amanite tue mouche est un basidiomycète de la familles des amanitacea. On la trouve dans tout l’hémisphère Nord et depuis peu dans le Sud avec l’importation de plants de sapins américains. Elle est facilement identifiable: le chapeau est rouge, parsemé du blanc de la volve protectrice qui protège le champignon à sa sortie de terre et qui forme l’anneau. Elle reste visible à la base de celui-ci.

Le pied est blanc, les lamelles et la chair également. Arrivée à maturité elle mesure généralement entre 8 et 20 centimètres de haut voir parfois beaucoup plus (jusqu’à 40 centimètres). On la trouve aussi bien sous les résineux (pins de préférence) que les feuillus (hêtres, châtaigniers) mais surtout, sous les bouleaux, arbre magique par excellence mais nous y reviendrons. Enfin, en fonction des régions du monde, on peut trouver de nombreuses sous-espèces d’amanites tue-mouche aux couleurs diverses: jaunes, oranges et mêmes blanches.

L’amanite tue mouche, berceau de nos religions européennes.

Au commence il y a un champignon, l’amanite tue mouche. Puis il y a des hommes avec leur curiosité et leur appétit. Quand les molécules de la première rencontre l’imagination des seconds, ça donne des chocapics les prémices des premières religions européennes et mêmes, indo-européennes.

Un nom bien trouvé

Son nom vient du latin fungus muscarum qui veut littéralement dire champignons des mouches » en raison des propriétés insecticides qu’on lui prêtes, en particulier en France mais aussi en Allemagne, en Suède et dans les autres pays de culture slave. Ne dit-on pas aux enfants pour les éloigner du dangereux champignon qui mêlé à du lait tue les mouches et autres insectes? (en réalité il les endort). Mais l’emploi du terme mouche pourrait aussi être lié à l’expréssion médiévale qui désignait l’état de démence par la présence de mouches dans la tête du malade.

Une histoire de molécules

On a longtemps cru que la muscarine de cette amanite (découverte en 1869) était l’origine des effets psychédéliques du champignons de par son effet excitant en agissant sur les synapses mais cette molécule est bien trop peu présente dans l’amanite tue mouche pour expliquer ses propriétés. Il faut chercher du côté de la muscimole et de l’acide iboténique (majoritairement concentrés dans le chapeau, en particulier la cuticule rouge) pour trouver les causes des hallucinations mais aussi des vomissements, des somnolences, d’une certaine euphorie, des délires, des confusions, des états de prostration, des troubles de l’équilibre, de l’hypervantilation, une sudation accrue et/ou des troubles gastriques. 

Un emploi lié à l’observation de la Nature

La découverte des propriétés de l’amanite tue mouche pourrait venir des peuples du Nord, en particulier des éleveurs de rennes. Je m’explique. Pour éliminer la muscimole et l’acide iboténique , l’organisme digère rapidement ces composés vers les urines (20 à 90 minutes après ingestion). Or chez les rennes, il est courant de voir ces animaux consommer de l’amanite tue mouche (pour atteindre un état proche de l’ivresse si l’on peut comparer la « défonce » animale et à celle de l’Homme) ou boire l’urine de leurs congénères qui en ont ingurgité pour resentir les effets psychédéliques. De là, l’Homme a force d’observation a intégré cette pratique à son mode de vie, ce qui explique l’emploi de l’urine dans des rites anciens mais aussi actuels, le précieux liquide étant un moyen de se transmettre les effets hallucinogènes des molécules.

Voici un extrait de l’ouvrage de Robert Gordon Wasson où il cite un passage du Rig-Véda qui met en lumière ce fait:

« Comme le Cerf, viens boire ici! Boire le Soma, autant que tu le désires. Pissant généreusement jour après jour, ô puissant, Tu atteins le zénith de ta force. »

Dans un autre extrait il cite le Zed Avesta:

« Quand finirez-vous avec l’urine dont se servent les prêtres pour enivrer le peuple et le tromper? »

Le Soma, lait des Dieux

Chez les aryens, un peuple indien (indiens d’Asie et non amérindiens), les écrits religieux ancestraux font part du Soma, le lait des Dieux qui permet d’atteindre la connaissance et la sagesse de ceux-ci. Il s’agirait d’une potion à base d’une « plante » miraculeuse. On trouve ce Soma dans de nombreuses religions asiatiques aujourd’hui encore mais la recette de celui-ci a depuis longtemps disparu. Linguistes et botanistes face à la description de la mystérieuse plante sacrée restèrent sans réponses et allèrent jusqu’à affirmer qu’il ne s’agissait que d’une allégorie, d’une chimère ou encore d’une croyance. Mais c’était sans compter sur Robert-Gordon Wasson et son épouse qui non seulement rendirent public l’existence du Soma mais résolvèrent l’énigme. La plante est décrite comme un dôme aussi rouge que le cuir d’un taureau sur le quel les gouttes du lait d’une vache se seraient posées (on retrouve la sacralité indienne des bovins ici). Il n’en fallait pas plus au couple pour faire le lien: le Soma est une potion hallucinogène à base d’amanites tue-mouche. Ainsi son utilisation remonterait à 4000 ans avant notre ère mais les premiers écrits du Rig Veda (le livre sacré) parlant du champignon datent de 10.000 av J-C, renforçant la théorie du Soma comme fruit d’un champignon et comme symbole de la connaissance et de la laitance divine (aussi bien le lait maternel que la semence des Dieux car Soma se traduit par « semence du Père »).

L’amanite chez les vikings

Chez les peuples vikings, les amanites étaient ingérés crues et en grand nombre par les guerriers partant au combat. L’état d’euphorie dans le quel ils entraient leur faisait perdre toute peur face au danger et qu’ils devenaient les légendaires « Beserks » (d’où la dangerosité liée à son emploi). Néanmoins cette théorie fait débat, en particulier en Scandivanie où les « pour » et les « contres » s’affrontent sur cette théorie depuis 200 ans. 

La pratique chamanique sibérienne

Parmi les symboles forts du chamanisme, le bouleau fait figure d’arbre totem. On pourrait penser que c’est pour les soins qu’apporte sa sève, les multiples usages quotidiens et médicaux que donnent son écorce, les arcs que fournissent les jeunes branches et j’en passe. Mais c’est aussi pour son lien étroit qu’il entretien avec l’amanite. En effet, il est l’un des meilleurs arbres hôte de celle-ci et il n’est pas rare de voir de véritables ronds de sorcière se former autour de lui. En somme, il doit en partie sa sacralité à l’amanite. Suite au travaux des époux Wasson (des précurseurs qui ouvrirons la voie à de nombreux chercheurs), on connaît quelques facettes des liens étroits qui unissent les hommes et leurs pratique à ce champignons. Les peuples d’origine ouralienne et sibérienne connaissent tous les propriétés de l’amanite (mais il semblerait que les peuplades turques aient elles aussi été initiées). Elle étaient employée (dans la pratique religieuse) par les chamanes qui aidés des chants, des tapements de mains du public et de la musique entraient en transe puis dans le monde des esprits pour communiquer ou lutter contre ceux-ci et découvrir le mal qui touchait une personne ou la communauté. Son utilisation se faisait aussi à des fins récréatives. Dans la région du fleuve Pegtymel, des gravures anthropomorphiques d’hommes à tête d’amanites ont été découvertes. Elles auraient 4000 ans, indiquant l’emploi ancien et ancestral du champignon.

Et en Europe occidentale?

Les traces sont maigres, cependant dans les relevés des inquisiteurs et les grimoires de « sorcières » parvenus jusqu’à nous, l’amanite tue-mouche serait mentionnée à plusieurs reprises comme un moyen de communiquer avec les esprits pour les uns, de forniquer avec le Démon pour les autres. Néanmoins, dans les Alpes Maritimes et plus précisément dans ce que l’on nomme « la Vallée merveilleuse » sur le Mont Bego, se trouve de nombreuses gravures rupestres. L’une d’elle, située sur une grande pierre que l’on nomme « Autel » sans connaître pour autant son emploi, représente un homme consommant des champignon au large chapeau. Il pourrait s’agir d’un ancien culte alpin mais peut être plus largement propre à l’ensemble du territoire orienté sur le champignon et donc l’amanite tue-mouche (seul champignon pouvant correspondre à la gravure tout en ayant des propriétés psycotropes) qui aurait perduré jusuq’à l’arrivé romaine. On peut retrouve des représentations semblables en Italien, en particulier sur le site de Valcamonica même si elles restent rares. En Espagne dans la région Catalane, l’emploi de l’amanite tue-mouche est encore de rigueur de manière traditionnelle (mais cela reste confidentiel). Selon les rares écrits, cette pratique remontrait à l’âge de bronze.

Son rejet par la culture chrétienne 

(Je tiens à prévenir qu’ici en au aucun cas je fais un procès de la Chrétienneté)

La christianisation de l’Europe a été progressive et est marquée symboliquement en Gaule par l’arrivée de Jules César. De là les champignons vont être ingérés dans la nouvelle religion pendant un temps (fait qui perdure dans certaines formes d’orhtodoxies, notamment en Russie) puis rejetés pour pouvoir tourner les populations vers la religion chrétienne tout en excluant les anciennes pratiques et les praticiens des anciens rites et traditions. Ainsi les champignons vont être associés à l’image du phallus (de par leur forme) et donc de la luxure mais aussi de la mort (de par leur toxicité) et surtout, ils vont être associé au roi des Démons. Certains noms sont évocateurs de ce phénomène: le bolet Satan, la trompette de la mort ou le phallus du chien n’en sont que quelques exemples. On trouve encore les traces de ce tabous dans une grande partie des pays chrétiens, en particulier Occidentaux. L’Angleterre et les pays de tradition anglicane font partis des meilleurs exemples. Là bas les pratiques mycologies sont restreintes voir inexistantes et parler de champignons est encore parfois mal vu. 

Ainsi l’amanite tue-mouche devient le fruit défendu. En effet elle ouvre des horizons de connaissance et de claire-voyance interdits aux simples mortels qui doivent avoir foi dans le destin que Dieu a tracé pour eux, au risque de le décevoir et de s’exposer à sa colère divine. Ainsi, peut être qu’à l’origine la pomme (ou la poire selon les écrits) que se partagent Adam et Eve pourrait être une amanite tue-mouche comme on peut le voir ici avec la représentation sur un des mûrs de la chapelle Plaincourault (Indre) du péché originel. 

De là est née la thèse selon la quelle le christianisme romain serait née d’un ancien culte des plaisirs (sexuels et psychédéliques) liés au champignon rouge à point blanc (à travers Dinoysos qui peu à peu a été rattaché au vin), thèse développée par John Marco Allegro dans son ouvrage le « Champignon sacré et la Croix : une Étude de la Nature et des Origines de la Théologie romaine à partir du Culte de la Fertilité dans le Proche-Orient antique ». Dans son ouvrage « Les Champignons Magiques dans la Religion et l’Alchimie« , Clark Heinrich développe l’idée que l’amanite est à l’origine de nombreuses religions comme l’Hindouïsme, le Judaïsme et le Christianisme.

Quelques exemples actuels

Dans de nombreuses régions du monde, l’amanite tue-mouche est consommé pendant les mariages. En Russie dans les zones rurales pour ces grandes occasions on la mélange à de la vodka. Les lituaniens vendaient (aujourd’hui encore mais à moindre mesure) les amanites aux Lapons qui l’emploient dans leurs pratiques chamaniques. En générale dans l’Est de l’Europe, on la consomme à titre récréatif avec plus ou moins de tolérance. Mais en dehors de son aspect ludique ou magique, elle peut être consommée comme c’est le cas dans certaines parties de l’Europe (Suède) après un long processus où le champignon coupé en lamelles puis bouilli longuement dans plusieurs eaux perd sa toxicité. Enfin l’amanite tue-mouche, son utilisation et sa mythologie sont encore vivace en Amérique du Nord et au Mexique chez les amérindiens. Aujourd’hui, l’artiste Carsten Höller qui partage son temps entre Grenoble, Paris et Berlin met en lumière cet héritage passé à travers des compositions et des expériences psychédéliques que l’on peut retrouver dans cet article des Inrocks (ICI).

Que dit la loi ?

Le regain d’intérêt pour ce champignon à pousser les divers gouvernements à se pencher sur celui-ci. Ainsi en France il est classé comme stupéfiant (en consommer ou en vendre est illégal), en Belgique le gouvernement est en voie de l’interdire, aux Pays-Bas il est interdit de le vendre et de le consommer mais en Angleterre on peut se le procurer en magasin.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la législation française : 

En conclusion 

Libre à chacun de se faire son opinion sur la question de l’influence de l’amanite tue-mouche dans notre culture et dans le passé de notre civilisation. Néanmoins il continu d’animer notre folklore et nos croyances. A l’approche d’Halloween, ne le voit-on pas surgir ici et là, dans les publicités de déguisements de sorcières et de vampires? N’est-il pas courant dans les décorations de jardin et des bûches de Noël, dans nos jeux vidéos (Mario , ses amis , ses fameux champignons  et ses plantes magiques ) et non compte (« Alice aux pays des merveilles » est le meilleurs exemple), dans les représentations de l’Automne, du monde des fées et des lutins (ne sont-ils pas les maisons des farfadets?), de la Toussaint et des morts? On peut voir ici que la célèbre amanite, archétype du champignon toxique dans les filmes, les  livres illustrés (Tintin) et les dessins animés n’a pas vu ses liens avec le monde de l’invisible disparaître complètement.

Mais au fait, que trouvent les « voyageurs » de Jules Verne au « Centre de la terre » ?

Des champignons !

Pour aller plus loin sur le sujet :

De l’usage de quelques plantes hallucinogènes chez les voyageurs, les
écrivains, les artistes et les médecins

Protégé : (Symbolisme de la Croix)